Africa Public Record

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1 septembre 2026

Créateurs numériques sud-africains : aucun filet de sécurité, selon une étude

Les créateurs de contenu sud-africains manquent de formation éthique, malgré leur volonté d'en recevoir.

Jesse Cann l'a formulé sans détour : "On demande à ces personnes d'assumer les mêmes responsabilités que les journalistes, sans aucune des formations, bases juridiques ou structures de soutien que ces derniers ont construites au fil des décennies." Cette phrase, prononcée par le directeur de recherche au Centre for Analytics and Behavioural Change, résume à elle seule les conclusions d'une étude soutenue par l'UNESCO sur les créateurs de contenu numérique en Afrique du Sud. La recherche a été conduite dans le cadre du projet mondial Behind the Screens de l'UNESCO. Elle repose sur des enquêtes menées auprès de 48 créateurs sud-africains et sur des entretiens approfondis avec 11 autres, actifs sur plusieurs plateformes et genres. Le portrait qui en ressort est celui d'un secteur en pleine expansion, livré à lui-même. Les chiffres creusent l'écart entre intentions et pratiques. Près de 88 % des répondants ont jugé utiles des lignes directrices éthiques pour la création de contenu, et 87 % souhaitaient une formation sur l'éthique et la liberté d'expression. Pourtant, seuls 10,4 % avaient effectivement reçu une formation en littératie médiatique et informationnelle. Vouloir bien faire ne suffit pas quand les outils manquent. Les pratiques de vérification reflètent ce vide. Selon la même étude, 36 % des créateurs ne vérifient pas systématiquement les informations avant de les diffuser. Pire, 34 % considèrent les mentions "J'aime" et les vues comme un indicateur de crédibilité. Seuls 30 % privilégient les preuves et la documentation pour évaluer la fiabilité d'un contenu. Du côté de l'intelligence artificielle, l'usage s'est normalisé sans que la transparence suive. Près d'un quart des créateurs y ont recours régulièrement, et un tiers supplémentaire l'utilise de façon occasionnelle. Seuls 33 % informent systématiquement leur audience lorsque de l'IA a été employée dans la production d'un contenu. Par contraste, les violences numériques, elles, sont largement documentées par les créateurs eux-mêmes. Trois quarts des répondants ont déclaré avoir vécu ou été témoins de violences sexistes facilitées par la technologie. Quatre répondants sur dix n'ont jamais signalé ces incidents, faute de confiance dans les mécanismes de signalement existants. Plus d'un tiers ont signalé des violences physiques directement liées à des attaques en ligne, une donnée qui dépasse le seul espace numérique. Le rapport formule plusieurs recommandations concrètes : mise en place de programmes de littératie médiatique, orientation pratique sur l'éthique de l'IA, et développement de réseaux d'apprentissage entre pairs. Le South African Content Creators Union n'a été fondé qu'à la fin de 2025, laissant un vide institutionnel de longue date sans réponse. La question qui demeure : ces structures naissantes parviendront-elles à agir assez vite pour une génération de créateurs qui, chaque jour, publie, influence et s'expose sans filet.